Quand l'arrêt de travail rime avec culpabilité

« Je ne suis pas si malade que ça. »
« Je laisse mes collègues dans la difficulté. »
« Ils vont penser que j'exagère. »« Je devrais tenir encore un peu. »
Ces pensées sont fréquemment rapportées par des personnes en arrêt de travail, qu'il s'agisse d'un épuisement professionnel, d'un trouble anxieux, d'une dépression ou même d'une pathologie physique. Pourtant, elles ne reflètent pas nécessairement la réalité. Elles peuvent notamment traduire des mécanismes psychologiques, mais aussi l'influence de normes professionnelles et organisationnelles.
La culpabilité : une émotion sociale
La culpabilité est une émotion qui apparaît lorsque nous avons le sentiment de ne pas respecter une norme ou une obligation.
D'un point de vue psychologique, elle joue un rôle adaptatif : elle favorise la coopération et le maintien des liens sociaux. Elle nous pousse à réparer lorsque nous avons réellement causé un tort.
Cependant, cette émotion peut devenir inadaptée lorsqu'elle persiste alors que la personne n'a commis aucune faute. Être en arrêt de travail pour des raisons médicales n'est pas une faute. C'est une mesure thérapeutique destinée à protéger la santé et à favoriser la récupération.
Pourquoi la culpabilité est-elle si fréquente ?
1. Les normes sociales autour du travail
Dans certaines cultures professionnelles, la performance, la disponibilité et la productivité peuvent être fortement valorisées, au point d'être parfois associées à l'image que l'on a de soi et à son identité professionnelle.
Ainsi lorsque l'on ne peut plus travailler temporairement, certaines personnes ont alors le sentiment de perdre une partie de leur identité.
Les recherches en psychologie du travail montrent que les normes professionnelles, la pression sociale et l’importance accordée au travail peuvent influencer la manière dont les salariés vivent leur absence pour raisons de santé, notamment en favorisant le sentiment de culpabilité ou la difficulté à se détacher du travail.
2. Le présentéisme maladie
Les chercheurs distinguent deux comportements :
l'absentéisme : ne pas venir travailler lorsqu'on est malade ;
le présentéisme maladie : venir travailler malgré une maladie qui nécessiterait du repos.
Le présentéisme est aujourd'hui reconnu comme un problème majeur de santé au travail. Il est associé à différents effets négatifs sur la santé et la vie professionnelle, notamment à une récupération plus difficile, à une dégradation de l'état de santé dans certaines situations et à un risque accru d'absences ultérieures.
Ainsi, retarder un arrêt nécessaire ne protège pas nécessairement l'activité et peut, dans certaines situations, contribuer à prolonger les difficultés de santé.
3. La pression du collectif
Beaucoup de salariés évoquent une autre source de culpabilité : « Mes collègues vont devoir faire mon travail. » Cette pensée est compréhensible. Mais elle révèle souvent une confusion entre deux responsabilités.
La santé du salarié relève de sa responsabilité et de celle des professionnels qui l'accompagnent, tandis que la continuité de l'activité relève de l'organisation du travail. Le salarié n'a pas à porter seul les conséquences organisationnelles de son absence.
4. Les mécanismes cognitifs
Lorsque la culpabilité s'installe, certains biais ou distorsions cognitives peuvent contribuer à l'entretenir, comme :
la surgénéralisation (« si je m'arrête, je suis faible ») ;
la personnalisation (« tout le monde va souffrir à cause de moi ») ;
le catastrophisme (« je vais perdre toute crédibilité »).
Ces biais entretiennent la culpabilité même lorsque l'arrêt est médicalement justifié.
Ce que dit la recherche sur la récupération
Les modèles scientifiques sur la récupération montrent que le repos ne consiste pas simplement à "ne rien faire". La récupération implique notamment :
une diminution des exigences professionnelles ;
une réduction de la charge mentale ;
une restauration des ressources psychologiques et physiologiques.
Lorsque la personne continue à répondre à ses courriels, culpabilise constamment ou reste mentalement connectée au travail, la récupération est moins efficace.
L'arrêt de travail : une mesure de protection
Un arrêt prescrit par un professionnel de santé fait partie intégrante de la prise en charge d'un parcours de soin. Comme une immobilisation après une fracture, il vise à éviter une aggravation de la situation et à permettre un retour dans de meilleures conditions.
Accepter cet arrêt n'est donc pas un abandon de ses responsabilités. C'est reconnaître que la santé constitue une condition essentielle pour pouvoir reprendre durablement son activité professionnelle.
Concilier maladie et travail est possible. Chaque jour nous accompagnons des salariés et des entreprises sur le sujet de la maladie au travail, et nous pouvons vous accompagner à votre tour et vous proposer des solutions adaptées à votre entreprise.
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Sources :
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Sonnentag, S., & Fritz, C. (2015). Recovery from job stress: The stressor-detachment model as an integrative framework. Journal of Organizational Behavior, 36(S1), S72–S103.
Tangney, J. P., Stuewig, J., & Mashek, D. J. (2007). Moral emotions and moral behavior. Annual Review of Psychology, 58, 345–372.
Crédit photo : Magnific
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