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Vous vous posez des questions
pour ré-concilier maladie et travail ?

Cancer et travail – « J'ai vécu 2 ruptures conventionnelles »

Flavie, a été touchée par un cancer du sein. Aujourd’hui sophrologue, elle a souhaité partager avec nous son expérience de la maladie au travail et sa création d’entreprise.


Pouvez-vous vous présenter et nous parler de votre expérience de vie de la maladie en quelques mots ?


Je m'appelle Flavie, j'ai 50 ans et je suis maman d'une jeune fille de 20 ans. J'ai eu mon premier cancer du sein à l'âge de 41 ans et mon second huit ans après, ce qui correspond à 2920 jours de répit…


Mon médecin m'a annoncé la mauvaise nouvelle alors que je me trouvais à mon travail « les résultats ne sont pas bons ». Le monde s'est écroulé autour de moi, j'ai pensé à ma petite fille qui n'avait que 11 ans à l'époque, à ma famille, à la vie et à la mort.

Je ne savais pas vraiment ce qu'était le cancer et ce qu'il représentait, c'était un mot qui ne faisait pas partie de mon vocabulaire, pas encore du moins.


Je me suis mise en arrêt maladie le jour de mon opération jusqu'à la fin des traitements : 33 jours de rayons. Le mot cancer ne m'était plus inconnu.

Puis j'ai repris le cours de ma vie en changeant de travail, j'ai rencontré mon compagnon qui me soutient depuis le début, ma vie semblait rouler et puis tout s'est écroulé une seconde fois et l'histoire a recommencé .

Mon chirurgien m'a dit que j'avais coché la case « pas de chance ». Ces mots ont été assez violents et je n'ai jamais voulu les valider.

Là cette fois-ci c'était du sérieux, mastectomie avec reconstruction mammaire immédiate par lambeau du grand dorsal. Que des mots barbares !


Comment avez-vous concilié votre maladie, les traitements, et votre travail ?


Avant ma maladie, mon job ne m’intéressait plus vraiment, je m'ennuyais et je voulais trouver un emploi pour aider les autres. J'ai donc profité de l'arrêt de travail pour tourner la page et recommencer quelque chose de nouveau .

J'étais donc une maman de 41 ans qui élevait seule sa fille et pourtant je n'avais pas peur, j'étais une guerrière, que pouvait-il m'arriver de plus que cette maladie ?

Je me suis battue pour obtenir une rupture conventionnelle auprès de mon employeur, je me suis sentie bien seule dans cette bataille mais il a fini par signer.


Cela m'a permis de réaliser mon projet, devenir sophrologue.

Alors je suis retournée sur les bancs de la fac et à l'école pour obtenir mon statut et m'installer à mon compte. J'ai dévoré les livres, suivi d'autres formations dans le bien-être pour essayer de comprendre ce qu'il m'arrivait.


Pour le second cancer cela fut légèrement différent, parallèlement à mon travail de sophrologue j’avais repris un poste dans une nouvelle entreprise. Je suis restée en arrêt maladie huit mois. Chaque mois mon manager me demandait ce que je comptais faire et je lui disais « je vais renouveler mon arrêt car je suis fatiguée ». Et puis les semaines sont passées, les mois ont défilé et nous avons eu un entretien pour faire le point d'une éventuelle reprise, du moins c'est ce que je pensais de mon côté. Je lui ai parlé de mon envie de revenir, de retrouver une vie sociale après tous ces mois de convalescence, un retour avec des aménagements d'horaires car je vivais à 1 heure de mon travail. Bref après une longue discussion nous avons convenu d'une rupture conventionnelle – ma deuxième donc – pour que je puisse bénéficier des droits et me reconstruire à nouveau. Après réflexion, les trajets auraient été trop fatigants pour un mi-temps. Quand j'ai signé ma deuxième rupture conventionnelle, je me suis sentie à la fois soulagée de ne plus être dans la case « malade » mais je me suis sentie perdue car je n'avais plus d'activité et nous étions en période du Covid avec toutes les contraintes que nous avons vécues. Covid + cancer ne font pas bon ménage.


Quelles difficultés particulières avez-vous rencontrées à votre reprise ?


Je n'ai pas connu la reprise au travail dès lors j'ai vécu 2 ruptures conventionnelles qui sont une expérience différente mais tout autant difficile.

Avec du recul, je pense que je ne voulais pas affronter le retour en entreprise néanmoins pour le premier.


Cela fait un an maintenant que j'ai quitté mon entreprise et que je suis inscrite à Pôle emploi. Je n'ai plus le statut de « malade » mais de « chômeuse ».

Revenir dans le monde du travail à 50 ans, après 2 cancers, n'est pas évident. Je n'ai pas osé parler de ma maladie ni à la DRH que j'ai rencontrée lors d'un entretien que j'ai totalement raté, ni à ma consultante Pôle emploi. Je le regrette aujourd'hui car je pense que la maladie que nous traversons nous renforce. Avec le cancer nous développons des compétences incroyables comme la patience, la bienveillance et une grande force intérieure.


Depuis, j'avance doucement et je découvre de nombreuses associations qui peuvent nous aider, comme Cancer@work que j'ai découvert sur Linkedln et que je remercie pour leur engagement auprès des entreprises . Pouvoir inscrire la nouvelle compétence sur Linkedln Fighting Cancer est une victoire, elle nous permet de nous mettre en avant malgré la maladie.


Qu'est-ce qui vous a aidé ? Qu'auriez-vous souhaité ?


Ce qui m'a aidé c'est l'amour de mon conjoint, de ma fille, de mes proches mais également le soutien de mes amis et des collègues. Le moral fait partie de la guérison.

Lors de mon premier cancer, l'écriture a été ma thérapie.

Chaque jour j'écrivais dans la salle d'attente sur mon téléphone tout ce que je voyais, tout ce que je ressentais, un journal. Au fur et à mesure le journal a pris forme et il est devenu un guide que je n'ai toujours pas édité mais qui pourrait aider j'en suis persuadée de nombreuses patientes.

Pour ce qui est du 2e cancer j'ai continué l'écriture mais différemment. J'ai noté toutes mes expériences sur les soins de support que j'ai pratiqués comme la sophrologie, la méditation, la cohérence cardiaque, le sport, les bienfaits de l'alimentation et la photo-thérapie. Grâce à toutes ces expériences, j'ai conçu mon propre protocole que je m'applique chaque jour. Aujourd'hui je voudrais le proposer aux femmes atteintes du cancer du sein en tant que patiente experte (membre du CA de l'Institut du sein de PACA).

Professionnellement parlant j'ai fait un bilan de compétences qui m'a permis de faire le point et de remplir la case blanche de mon CV, cette fameuse case que l'on ne veut pas voir...

Aujourd'hui je me sens prête à revenir sur les planches malgré la fatigue qui apparaît durant la journée et les neurones qui parfois me jouent des tours car je suis sous traitement d'hormonothérapie pendant encore huit ans. Les effets secondaires sont bien réels notamment le Chemobrain dont on ne parle pas assez. Celui-ci ne vous quitte pas et vous devez vous adapter mais je ne désespère pas de trouver MA PLACE . Je vous recommande vivement l'association Oncogite qui propose des ateliers pour y remédier.


Mon choix a été de quitter les entreprises dans lesquelles je travaillais et de tourner la page mais j'avoue que se reconstruire sans lien social est extrêmement difficile surtout dans la période que nous venons de vivre .

Quels sont vos projets aujourd'hui ?


Maintenant que je me suis reconstruite physiquement et psychologiquement, je vais pouvoir reprendre mon activité en tant que sophrologue mais différemment avec un certain recul face à la maladie.

J'ai plusieurs projets qui me tiennent à cœur, le 1er est la publication de mon livre pour pouvoir le diffuser dans des hôpitaux comme un soin de support pour aider les patientes, le 2e projet est de monter une boutique ambulante dans ma région ou je pourrai conseiller les patientes pour leurs achats, les écouter et leur proposer un planning avec différentes activités de bien-être, à pratiquer pour retrouver un équilibre. Le 3e est de développer mon projet de la photo-thérapie que j'ai monté avec une équipe formidable pour aider les femmes à s'accepter à nouveau et à s'aimer avec leur cicatrice.

. Selon vous, comment peut-on améliorer l’accompagnement des personnes malades en entreprise ?


Il faudrait que le mot « cancer » ne soit plus un mot tabou, que le service RH ou du moins une personne du service soit informée et formée sur cette maladie ou toute autre maladie chronique .

Le cancer n'est pas une maladie contagieuse mais peut faire de gros dégâts physiquement et psychologiquement sur l'être humain.

Un membre du service RH devrait endosser la casquette de « marraine » pour soutenir et accompagner au mieux le malade lors de son retour en entreprise.

Si vous aviez 1 seul conseil ou bonne pratique à partager pour mieux concilier maladie et travail, lequel serait-ce ?


Le seul conseil que je souhaite partager c'est que chacun et chacune puisse prendre le temps de se poser avant de repartir dans l'entreprise, se servir de cet « accident de la vie » pour faire le point avec soi-même quel que soit le soin de support que vous utilisez, la thérapie que vous pratiquez. Ne pas repartir tête baissée comme si rien ne s'était passé, sans rien changer de sa vie .

Le cancer est une maladie chronique et c'est une maladie de longue durée qui peut générer des incapacités que nous devons accepter .

Aujourd'hui j'aspire à accompagner les personnes atteintes du cancer du sein pour les aider à retrouver confiance en elles et ainsi pouvoir avancer dans leur vie .

Déposer des mots sur ces maux, parler, écrire ou dessiner sa maladie mais oser en parler.

Chacun doit trouver son chemin pour revenir sur la scène.

Permettre aux personnes de raconter son histoire sur votre blog est formidable !

Ces témoignages sont forts et poignants. Chacun et chacune a sa propre histoire.

Nous avons tous en commun la maladie, la douleur, mais nous avons tous

en nous des ressources extraordinaires qui nous permettent de nous relever.

Soyons Carpe Diem !



Merci Flavie pour votre témoignage.



Si vous aussi, comme Flavie vous souhaitez témoigner de votre expérience de la maladie au travail, contactez-nous à l’adresse alloalex@wecareatwork.com


Pour toutes vos questions, sachez qu’ALLO Alex est là pour vous aider ! Pour rappel, le service est joignable au 0800 400 310 du lundi au vendredi de 9h à 17h (appel gratuit)



 

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